Je suis tombé sur un article signé Camille DG qui traite de l’état de la blogosphère québécoise. Je dois avouer que ça m’a laissé un drôle d’arrière-goût et qu’à sa lecture, j’ai soulevé quelques interrogations et réflexions diverses que j’aimerais partager avec vous.

Permettez-moi donc ajouter mes « notes de lecture » ici même, question d’en discuter ouvertement avec mes 2-3 lecteurs étant donné que les commentaires sont fermés du côté de Canoë…

La blogosphère québécoise, un cercle fermé?

Un boom soudain

La blogosphère québécoise a explosé en deux ans. Explosé!? Vraiment!? Ceux qui furent de prolifiques blogueurs ont pourtant levé le pied. Plusieurs d’entre eux sont passés du côté de la pige et on progressivement délaissé leur blogue au profit de l’alimentation de leurs profils Facebook ou leurs comptes Twitter. Plusieurs inconnus sont devenus des références dans leur domaine grâce à ce quasi-journal intime qu’ils tenaient sur le web: leur blogue. Ne seraient-ce pas plutôt les blogueurs évoluant dans une niche précise (sport, techno, affaires) et non dans l’auto-biographie qui sont devenus une référence? Nombre de blogueurs ne savaient pas nécessairement qu’écrire comme cela changerait leur vie.

Plusieurs ne se doutaient sûrement même pas en 2008 que le web serait au centre de leur vie moins de deux ans plus tard. Pourquoi 2008 comme année de référence? Parce que c’est à ce moment que Franco Nuovo est revenu sur son mépris de la blogosphère? Parce que pourtant, ici ça dit que la blogosphère a commencé en 1995 au Québec. Mais le monde des blogues au Québec est-il devenu un cercle fermé? Tous les blogueurs semblent se connaître, la plupart travaillent dans le monde de la publicité ou des médias et ils semblent souvent s’inviter entre eux à des événements. Est-ce vrai ou faux? Que ce soit vrai ou faux, ça change quoi si au final de nouveaux visages réussissent régulièrement à s’imposer à travers la blogosphère à cause de leur talent? Il est toutefois vrai qu’il devient de plus en plus difficile – mais jamais impossible, chaque jour nous en faisant la preuve – de se positionner pour des « arrivistes » qui n’ont rien à amener de concret à la blogosphère sinon des opinions composées à la lecture de deux ou trois articles parus dans Wired.

Un petit marché

Quel que soit le domaine, le marché québécois demeure plus petit que celui des États-Unis et plus fermé, avouons-le, souvent à cause de la langue. Truisme. Certes, nous pouvons communiquer avec aisance avec nos cousins français, mais en ce qui a trait à la blogosphère, la leur est nettement plus développée, surtout dans le domaine de la mode. En quoi est-ce là une barrière à la discussion? Je ne nierai pas ici que les internautes du Québec ne fouinent pas sur les sites européens, ce serait mentir. Mais existe-t-il un réel contact entre les blogueurs des deux cotés de l’océan? Que trop peu. Bref, les blogueurs québécois sont en grande partie centrés sur leur nombril et surtout sur leur réseau social. À voir plusieurs blogues « d’experts » québécois, on sent un très fort métissage – pour ne pas dire inspiration malsaine – découlant de la lecture de plusieurs blogues étasuniens ou européens. L’influence m’apparaît au contraire très présente… Peut-être peut-on parler de manque de dialogue par-delà nos frontières, mais cela m’apparaît comme un simple syllogisme : ils partagent une réalité différente de la nôtre sur plusieurs points et l’expriment à leur manière, donc forcément ils auront une propension à en parler entre eux.

Petite comparaison: plusieurs journalistes se connaissent entre eux, plusieurs athlètes se connaissent entre eux, plusieurs restaurateurs se connaissent entre eux, etc. Il était donc inévitable que ce soit de même pour les blogueurs au Québec. Et alors? Ce qui est malheureux, cependant, c’est que les blogueurs semblent de plus en plus chercher à vivre de leur plume, donc de plaire aux marques. Malheureux? Tant qu’à faire, blâmons les restaurateurs de s’échanger des trucs et conseils entre eux afin de plaire à leur clientèle? Allons donc, c’est n’importe quoi…  Et je cherche toujours le lien de causalité entre les deux assertions.

Rapidement, on peut donc remarquer un glissement dans leur écriture, autrefois légère et rafraîchissante, vers l’info-pub commanditée. Les blogueurs se divisent donc en trois groupes: ceux qui réussissent à dénicher des contrats externes et donc gardent la fraîcheur de leur blogue, ceux qui deviennent des vendus et ceux qui acceptent tout bonnement de ne pas en vivre. Et ces « blogues de vendus », qui en a cure au final? Ils seront tantôt désertés, tantôt simplement abandonnés à leur triste sort lorsque l’auteur affrontera la dure réalité à savoir qu’il n’est pas le prochain Michael Arrington. Le problème est la conception – lire l’illusion – de pouvoir « bloguer pour faire de l’argent »… pas du tout cette question de clique. Et à la limite si seulement 9% des auteurs peuvent vivre de leur art et qu’en France, 98% des auteurs publiés doivent exercer un autre métier pour survivre, pourquoi s’étonner parce que la plupart des arrivistes sus-mentionnés n’arrivent pas à vivre de leur tout nouveau blogue autoproclamé comme référence?

La blogosphère québécoise se fait-elle acheter par les professionnels du marketing?

Les boîtes de publicités, de relations publiques et toutes entreprises de ce genre tentent par tous les moyens d’attirer l’attention des blogueurs, ce nouveau média. Pris entre leur envie de se faire reconnaître comme journalistes et leurs besoins monétaires, plusieurs hésitent. Le cercle de blogueurs autrefois si proche se divise donc de plus en plus. Ma thèse, bien humblement, c’est que « d’étranges individus » les blogueurs se sont intégrés à l’offre média globale. Ils se sont incorporés, ont fait leur place et ont été acceptés. Par cette acceptation de masse, l’idée du regroupement s’est peut-être légèrement estompée au profit d’une collégialité plus ouverte. Mais malgré cette division apparente, ils demeurent un tout. Prenons un exemple: en un an, peu de nouvelles blogueuses mode québécoises ont réussi à se tailler une place de choix sur le web, sinon Sophie, le nouveau visage du blogue Twik – un blogue commandité. Comme si le petit marché québécois était déjà saturé… Si le web nous a appris une chose, c’est que le talent finit toujours par faire son chemin. Il y aura toujours de la place au soleil pour les communicateurs-nés et les génies dans un domaine spécifique. Y a moins de place pour les joueurs de troisième trio, c’est tout.

Sera-t-il possible pour d’autres de percer?

Oui. Mais les lecteurs manquent à l’appel. Faux. La différence c’est que les lecteurs ne cherchent plus leur information, ils l’attendent. Les parts de marché de Google sont chaque jour amenuisées par le crowd sourcing et l’influence des réseaux. Les articles exceptionnels vont quasiment inévitablement arriver à destination pour peu que le lecteur ait bâti son réseau en conséquence. Encore trop peu de Québécois sont intéressés à lire leurs pairs et tous semblent préférer se tourner vers des blogues plus internationaux, sachant que les récits y seront plus glamour ou plus high fashion. Pourquoi ne tout simplement pas dire qu’ils sont meilleurs? Et parlant de fashion : l’univers de la mode est à la base même de cet effondrement des frontières : le designer québécois ne peut rien faire si son client rêve d’un sac à mains Chanel. Si la « charité » en consommation n’intéresse qu’une petite partie de la population, pourquoi s’attendre de l’inverse en matière intellectuelle? Souvent au Québec, ce n’est pas la qualité des blogueurs qui manquent, mais les statistiques qui ne suivent pas. Ne suivent pas pour générer un salaire décent? Voir le blogue comme une fin en soi m’apparait comme une grave erreur ici. Nombre de blogueurs se sont lancés professionnellement grâce à la crédibilité qu’ils se sont bâtie des suites de leurs publications. Vivre d’un blogue restera toujours aussi difficile que de vivre de sa plume pour un auteur. Cependant, dans cette ère multi-plateformes qui est la nôtre, le génie d’un bon blogueur réussira quand même à émerger de façon holistique, alors que le tout (son rayonnement) vaut plus que la somme de ses parties constituantes (les messages). Une idée ou une réflexion adressée à divers publics à travers autant de canaux renforcera le statut de son émetteur au point de décupler sa « reconnaissance » dans un milieu donné avec pour effet de l’aider dans son objectif de rentabilisation.

Cependant, il reste encore beaucoup de place pour certains contenus nichés encore sous-exploités. D’autres sujets, comme la mode et la nourriture, sont déjà trop traités. Y a-t-il trop de restaurants à Montréal? Trop de bons joueurs avec le Canadien?  Trop de bons films au cinéma? On n’a jamais assez de bons contenus. De vulgaires contenants par contre… Finalement, pour devenir blogueur, était-ce en 2008 ou en 2009 qu’il fallait faire le saut? C’était sûrement plus facile de « percer » en 2008 pour un auteur n’apportant pas grand chose de neuf comme regard. Mais je serais curieux de voir si ces blogues lancés en 2008 ont réussi à soutenir leur croissance et leur niveau d’influence alors que la concurrence à la pertinence est de plus en plus poussée. Peut-être, car les prochains blogueurs auront une tâche de plus s’ils veulent entrer dans le cercle: épater soit par la beauté de leur site ou par le contenu. Épater la galerie avec un beau site pour se faire accepter du groupe, ça sonne « subir une chirurgie plastique pour avoir une meilleur job »… Le marché est déjà saturé pour le nombre de lecteurs Vraiment?, mais il reste toujours de la place pour la qualité, comme dans quelque domaine que ce soit. Étrange mais cette conclusion ne m’apparaît pas être en phase avec le reste du texte…

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12 commentaires pour “Exercice d’analyse : « La blogosphère québécoise, un cercle fermé? »”

  • Dans l’encyclopédie du savoir relatif et absolu Werber dénote ce problème : nous avons trop de choix à l’infini et pas seulement sur les blogues , mais dans toute les sphère de notre vie , alors nous ne sommes plus capable de choisir dans rien par la surabondance de choix .

    Et le Québec à bien ça petite clique québécoise de blogue ou il est bien difficile de faire ça place .

  • Moi je dirais plutôt que la blogosphère est devenue successible autant que les médias de masse. Ici vous faire une monté de lait sur un texte tout à fait anodin :)

    Cette guerre blogue, médias sociaux et médias traditionnelle est vraiment ironique. Car l’un a besoin de l’autre et ce des deux cotés et ce,st plus vrai que jamais en 2010.

  • J’oubliais, je vais souvent dans les tweet-Up et les rencontre web et je peut dire sans aucun doute que c’est un cercle fermé et à l’intérieur même de ce cercle il ya d’autre cercle.fermé :)

  • Récemment au 98,5 Katrine Rollet, journaliste et accessoirement foodie, mettait en relief la question des blogues bouffe et art de vivre qui surgissent partout depuis deux ans, au plus grand plaisir des commerçants et des marketeurs… Il y avait là de quoi discuter en se basant sur des observations réelles.

    C’est probablement cela que visait maladroitement (et surtout sans source) ce texte qui ne se fonde sur aucun événement précis, ne cite aucune source et surtout reste donc dans des perceptions personnelles.

    Déjà dans ton « exercice d’analyse » tu fais ce à quoi on se serait attendu : poser les bonnes questions, esquisser le contexte et lancer des pistes de réflexion. Ensuite pour parler de journalisme, l’auteure aurait pu ajouter des sources et citer au moins un spécialiste de la question… Sinon, parlons tous de comment on se sent et appelons ça écrire des articles!

  • Pour ma part, plus je m’intéresse au monde du blogue et du microblogue (lire Twitter!), mois il me semble fermé ou innaccessible. À prime abord, quand on y met les pieds, on n’y voit que les têtes d’affiches, ceux et celles qui font du bruit, qui y sont depuis les tout débuts. Mais si on est attentif, patient et qu’on tente de s’y intégrer avec une curiosité honnête, on s’aperçoit que la ‘gang’ est sympa et qu’on peut s’y faire une place. Encore faut-il que notre démarche soit intègre, honnête, sincère. Proposer un contenu bien à soi et vouloir contribuer à la communauté sont des ‘must’. Car dans la blogosphère québécoise, on a tôt fait de repérer les opportunistes !

    PS.: je ne suis pas d’accord avec l’affirmation qu’il existe trop de blogues québécois. je trouve au contraire qu’il en existe trop peu, du moins des pertinents, surtout dans les domaines d’affaires autres que la publité et le marketing. À quand des bloggeurs sur la gestion de la performance industrielle ? Sur les ressources humaines ? Sur la stratégie d’affaires des PME ?

  • Dire que la blogosphère québecoise explose depuis 2 ans démontre juste que l’auteur est nouvelle dans le millieu du Web québecois.

    La grosse explosion a eu lieu en 2005-2006 ou il y avait même un stars system et cela avec des blogues perso.

  • Je me rappelle du «temps» Jean-Luc !

  • C’est très intéressant tout ça.

    Je trouve certaines parties de ta critique facile, mais considérant la qualité médiocre de son texte, il était difficile d’avoir des critiques plus profondes.

    Je trouve amusant que le sous-titre de l’article est « Marché restreint ». Ça pourrait expliquer pourquoi l’auteure semble analyser la blogosphère québécoise d’un point de vue plus économique. Avec mes connaissances limitées dans le monde des blogues, je crois que ce cadre d’analyse brosse un portrait beaucoup trop limité et est donc inapproprié.

  • Bonjour à vous tous et toutes,

    Ah! Moi qui croyais que le BLOG servait d’abord à partager ses connaissances et à améliorer les compétences collectives. Dorénavant ceux qui y sont pour la monétisation auront de moins en moins mon regard.
    Salutations!

  • M.plourde, c’est quoi qu’il y a de mal à monétiser un blogue/site si le contenu est intéressant ?

    Je ne parle pas ferme à bannières (banner farm). Mais d’un blogueur qui veut survivre et rentabiliser sont temps passé à faire des recherches et a livré du contenue

  • L’analyse de la blogosphère faite par Camille Desrosiers est plutôt restrictive. Je fais une chronique radio hebdomadaire sur les blogues de la région de Québec (CKRL, Avant 9h tout est possible) et il ne me serait pas venu à l’idée de les catégoriser en fonction de la capacité des blogueurs de rentabiliser son aventure. En tout cas, s’il y a un cercle fermé de blogueurs, ce n’est certainement pas ici à Québec qu’il a des adeptes. Les blogueurs le font parce qu’ils ont le goût de partager ce qui les animent. Certains s’en servent comme tremplin pour aller vers autre chose? Pourquoi pas? D’autres le font pour parler de ce qu’ils font (par ex., les auteurs)? Pourquoi pas. La vaste majorité ont seulement le goût d’écrire. Et croyez-moi, ils sont nombreux à le faire.

  • Ahhhh c’était tu pas beau la vie en 2008! Tout était possible…

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